Source : http://720lignes.blog.lemonde.fr, le blog de Joey Basset
Je parle de séries, je parle de séries, et je ne vois pas le temps passer ! Je me rends compte que nous sommes déjà presque en campagne pour les élections Européennes et je n’ai pas parlé de « The New Statesman ». Je vais donc le faire. Mais je vais quand même vous lancer cet avertissement préalable : à tous ceux qui vont m’écrire pour me dire que décidemment, je suis un fieffé anti-conservateur qui sous prétexte de présenter des comédies en profite pour propagander à tout va contre le capitalisme, je répondrais que c’est même pas vrai et on s’en sortira pas alors ne le faites pas.
Donc oui, « The New Statesman » est une de ces comédies anglaises de la fin des années 80 qui se permettent de railler (sans parvenir à les ébranler toutefois) les méchants conservateurs qui tyrannisent les sujets de sa majesté. Pour bien railler, rien de mieux que la caricature et dans ce genre-là, Rick Mayal (The Young Ones , Bottom …) est un expert. La série est écrite spécialement pour lui par un duo de scénaristes : Laurence Marks et Maurice Gran.

Ce « nouvel homme politique » c’est Alan B’Stard le plus jeune membre du parlement, élu à la Chambre des Communes sous l’étiquette du parti conservateur et qui porte fièrement son nom (en clair pour les myopes : Bastard !). Joué avec jubilation par Rick Mayal ce personnage est ce que la démocratie a toujours craint d’engendrer : un monstre! Insensible, cynique, corrompu, cruel, infidèle, menteur, tricheur, méprisant, il accumule tous les pires défauts que peut avoir un élu du peuple. Il passe son temps à tenter d’en profiter au maximum et s’enrichir sur le dos des contribuables. Bien sûr, son attitude scandaleuse n’est pas du goût de son parti mais comme il pratique aussi bien le chantage que la langue de bois, il parvient toujours à s’en sortir, et rien ne semble pouvoir l’arrêter (toute ressemblance avec une personne existante ou ayant existé est à garder pour soi-même).
Il a choisi comme souffre-douleur son collègue Piers Fletcher-Davis (interprété par Michael Troughton), un pauvre gars dévoué, crédule, honnête et travailleur, presque un simple d’esprit. Prête-nom attitré, complice contre son gré, le pauvre homme est régulièrement sacrifié et broyé dans les combines tordues de B’Stard qui n’a qu’un seul adversaire à sa hauteur : sa femme Sarah, car dans la comédie qui se ressemble s’assemble et qui s’assemble se trompe.

Mayal s’en donne à cœur joie, il peut explorer à loisirs toutes les variations possibles de ses expressions dans un nouveau registre. Suffisant, bonimenteur, sadique, machiavélique, il est atrocement vrai de froideur dans ce rôle, comme il saura être plus tard férocement pathétique dans « Bottom ».
La série a été un énorme succès pour la chaîne publique ITV. Il y a eu quatre saisons entre 1987 et 1992, plus deux « Specials » et même un « Stage Show » qui a tourné dans tout le royaume. Les créateurs de la série, Marks et Gran, ont écrit pendant des années dans le Sunday Telegraph une chronique signée Alan B’Stard.
Non, finalement, « The New Statesman » ne vous aidera certainement pas à faire le choix de votre candidat pour les prochaines élections. Mais il vous apprendra à reconnaître les tics de ceux que vous avez peut-être déjà élu et qui mériteraient sans doute qu’on leur fasse, de ce côté-ci de la Manche, une série qui parlerait (pour rire) d’un Alain S’laud.
J.B. (B is for ?)
Une page (en anglais) sur la série.
À propos de Rick Mayal sur ce blog, voir aussi : The Young Ones
« The New Statesman » est édité en DVD par Cinema Club