Source : http://720lignes.blog.lemonde.fr, le blog de Joey Basset
Dans ma vie de « Serial Kiffeur », j’ai eu des héros (que dis-je, des dieux !), c’était avant l’Internet et c’étaient les vendeurs du rayon vidéo du « Vierge Trèsgrosmarché » de Londres. Ces types savaient tout, connaissaient tout et à mes questions, ils ne répondaient jamais. Ils tournaient les talons et revenaient aussitôt avec un sourire condescendant pour me mettre dans les mains un ou deux boîtiers, qui finissaient par devenir des piles et que je convertissais à la caisse en un long ruban de papier et trois quarts d’heure de sermon chez mon banquier. Rentré chez moi, je restais souvent perplexe en découvrant les couvertures des cassettes que je glissais dans mon magnétoscope comme on va se faire arracher une dent. Je vous raconte ma vie parce que ça me fait gagner du temps et puis aussi parce que « Rising Damp » est une de ces choses que j’ai découverte en grimaçant et qui m’a ravi quand je l’ai enfin regardé.
« Rising Damp », c’est une histoire simple qui, j’en suis sûr, peut rappeler des souvenirs à tout le monde, celle des rapports entre les habitants d’un immeuble : trois locataires et leur propriétaire. La bâtisse en question est franchement délabrée, carrément insalubre même. Mais ça n’empêche pas son propriétaire, Mister Rigsby, d’y louer des chambres à ceux qui n’ont pas les moyens de mieux se loger (notez que je vous ai raconté ma vie dans l’intro, mais j’aurais pu vous la jouer politique). Ce logeur sans scrupule mais plein de ressources quand il s’agit d’économiser un penny est interprété par Leonard Rossiter (« The Fall and Rise of Reginald Perrin »). Il a deux locataires. Il y a Miss Jones (Frances de la Tour, vu récemment dans « Harry Potter and the Goblet of Fire »), pour qui Rigby a une passion secrète et qui est bien la seule personne à pouvoir éventuellement obtenir quelque chose de lui et il y a Alan (Richard Beckinsale, de « Porridge » ), l’étudiant aux cheveux longs. La série commence alors qu’un troisième locataire arrive, Philip (Don Warrington, qu’on a vu aussi dans « Red Dwarf » ou « Doctor Who ») bien différent celui-là, puisqu’il est noir !
Ci-dessous, un court extrait d’un documentaire consacré à la série.
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On est dans la pure comédie télévisée à l’Anglaise avec très peu de personnages, encore moins de décors et de longues séquences bavardes qui sont comme des duels à la réplique et sans témoins. Eric Chapell est à l’écriture et son complice Vernon Lawrence est à la réalisation. Tous les deux ont cosigné d’autres comédies savoureuses dont je ne manquerai pas de vous parler un jour ou l’autre. On peut aimer ou pas ce style apparemment dépouillé qui sert des textes sophistiqués vagabondant entre trait d’esprit, satyre pertinente et jeu de mot sans nuance, mais on ne peut nier la qualité de l’interprétation qui est toujours au rendez-vous, nos voisins insulaires s’appliquant à ne prendre que le gratin de leur scène et la crème de leurs auteurs pour farcir leur télé. Quatre saisons ont été produites (vingt-huit épisodes au total) qui rencontrèrent un énorme succès, furent justement récompensées et reçurent les louanges de la critique. En 1980, un film devait venir clôturer le tout en beauté. Hélas, le décès de Richard Beckinsale et son remplacement par Christopher Strauli font de cet épisode cinématographique un objet à part, qui donne plus de regrets que de plaisir.
« Rising Damp », en plus d’être une comédie très drôle, est un de ces programmes Anglais qui vous font comprendre pourquoi la télévision française est tant éloignée de la société qu’elle entend divertir. Imaginez que l’intervention d’un président pour réclamer la présence à l’écran de visages plus représentatifs de notre population arrive trois décennies après que les Anglais ont ri à toutes sortes de digressions comiques sur le racisme, l’intégration et les préjugés. L’autodérision, ça ne protège pas des attentats, mais ça éloigne ceux qui tendent le bras.
J.B. (the rippling damned)
« Rising Damp » est édité en DVD par Cinema Club