Le Grand Ordre de la Serviette : Esprit British et Humour Anglais

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Yes, Minister !

Source : http://720lignes.blog.lemonde.fr, le blog de Joey Basset

Yes Minister, la crème des satires politiques

Tous les partis veulent gouverner, tous les gouvernements veulent changer la société, tous les élus veulent légiférer, tous les ministres veulent réformer… Alors pourquoi ça ne bouge pas plus que ça ?… N’allez pas chercher la réponse à la réunion de section de votre parti, dites plutôt que vous êtes malade, restez chez vous et regardez « Yes, Minister ! ». Il paraît que c’était le programme préféré de Margaret Thatcher (mais vous êtes pas obligé de le dire à la prochaine réunion de section).

Je dois avertir ceux qui ne connaissent pas cette série qu’ils ne doivent pas s’attendre pas à des scènes d’actions enrubannées dans des mouvements de caméras virtuoses. C’est très statique et uniquement bavard. Et c’est bien normal après tout, puisque cette série télévisée était en même temps diffusée à la radio. Il n’empêche que c’est un programme vraiment très drôle et d’une finesse rare. À l’inverse de beaucoup d’autres séries britanniques qui se vautrent joyeusement dans le Trash, « Yes, Minister » fait dans le feutré, le sophistiqué, le cousu main qui sort de chez le bon faiseur. Pas de jeux de mots gras, pas de gesticulations stupides ou de grimaces abusées, tout l’humour ici est dans le texte, savoureux et pertinent, impeccablement écrit par Antony Jay et Jonathan Lynn. Ce programme et sa suite « Yes, Prime Minister » (tous deux diffusés sur BBC, of course) furent un succès acclamé des années 80.

Résumons… Le gouvernement vient de changer et Jim Hacker (interpété par Paul Eddigton) vient d’être nommé ministre. Conscient d’être porteur des espoirs d’une majorité des électeurs, il est gonflé à bloc. Il veut réorganiser, simplifier, réformer, moderniser, légiférer… Et il ne fera rien. Quoi qu’il tente ou même simplement qu’il se propose d’essayer, Sir Humphrey Appleby, son « Permanent Secretary », est là pour l’en empêcher.

L’idéologie de ce fonctionnaire qui semble appartenir à la préhistoire de la bureaucratie, c’est l’immobilisme. Il a compris que, pour conserver ses privilèges et ceux de ses collègues, rien ne doit bouger dans l’organisation des services et rien ne doit transparaître de ses manquements flagrants, de son blocage permanent, de ses gaspillages organisés. Surtout, il est persuadé qu’on ne peut pas, qu’on ne doit jamais faire confiance à un politicien temporairement élu par un peuple qui ignore tout du fonctionnement de l’état et se laisse enchanter par des discours utopiques qui ne peuvent mener qu’au chaos.

Alors, patiemment, il s’applique à démontrer à son ministre qu’il est strictement impossible de faire ce qu’il préconise. Méthodiquement, il décortique ses plans pour lui prouver qu’ils ne résolvent rien et compliquent tout. Et si le ministre s’obstine dans son idée de « changer la donne », alors Sir Humphrey n’hésite pas à alerter la coalition secrète de ses collègues des autres ministères pour torpiller le projet avant qu’il ait une chance de sortir de l’œuf. Dans le rôle de Sir Humphrey, Nigel Hawthorne est superbe. Obséquieux, rampant même, il est comme un reptile constrictor à la peau douce et luisante qui étouffe sa proie en resserant un a un ses arguments, jusqu’à ne plus lui laisser que le dernier souffle nécessaire pour admettre sa défaite.

À ses côtés, il y a le jeune Bernard Wooley (interpété par Derek Fowlds), qui est le secrétaire privé du ministre et qui, visiblement, n’est pas encore tout à fait « passé au marbre » de l’administration. Il est encore plein de bonne volonté pour servir son ministre et, pire ! : il est prêt à l’aider à accomplir sa tache. Mais Sir Humphrey veille également à ce que son espèce ne soit jamais en voie de disparition et, jouant du baton comme de la carotte, il éduque le jeune fonctionnaire aux subtilités de son « gouvernement des couloirs ». Paternel ou condescendant, il le tire vers le côté obscur du service, celui où l’on se sert d’abord soi-même.

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Cette comédie savoureuse et très littéraire dont la sophistication commence dés le générique (très beau) a immédiatement rencontré un grand succès auprès du public britannique. Trois saisons ont été produites entre 1980 et 1984, suivies par deux saisons de « Yes, Prime Minister », dans lesquelles Jim Hacker, malgré ses déboires de ministre, accède à la tête du gouvernement.

« Yes, Minister » et « Yes, Prime Minister » sont incontournables dans l’histoire de la comédie télévisée anglaise. Et lorsque vous en aurez apprécié tous les épisodes et bien rigolé, vous pourrez retourner à la section locale de votre parti armé de tous les instruments en bois pour faire capoter le débat.

J.B. (Yes, Sinister !)

La page du site de la BBC consacrée à la série.

« Yes, Minister » et « Yes, Prime Minister » sont édités en DVD par BBC Vidéo